
Ce bruit de ciseaux
Qui mordent la feuille blanche.
Mes pas dans la neige.
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jeudi, février 2 2012
Par Seb le jeudi, février 2 2012, 20:22 - Haïkus

Ce bruit de ciseaux
Qui mordent la feuille blanche.
Mes pas dans la neige.
jeudi, décembre 1 2011
Par Seb le jeudi, décembre 1 2011, 11:11 - Chroniques

Comme des fantômes, ils fondent sur vous, noirs et vifs, vous enlèvent à la rue, vous condamnent. Ils œuvrent pour le silence et la frontière, ils appartiennent à La Rupture, une organisation secrète et effrayante, véritable croquemitaine qui fait respecter la stricte séparation de deux cités conjointes, Besźel et Ul Qoma. Leurs « victimes » ne sont jamais revues.
Besźel et Ul Qoma, deux villes qui se détestent, deux cultures pour le même espace géographique, quelque part, peut-être, entre Balkans et Anatolie. Deux réalités intriquées par on ne sait quelle facétie quantique. C'est dans la première que vit l'inspecteur Tyador Borlu, limier de la policzai, qui se retrouve avec le cadavre d'une jeune américaine sur les bras. Très vite se pose la question pour Borlu de savoir si la victime a été tuée dans cette ville ou dans l'autre, si son meurtrier l'a fait passer de l'autre côté pour abandonner son corps dans un skatepark miteux. S'il y a eu rupture. Débute pour notre inspecteur une enquête à cheval sur la(les) frontière(s).
Sale histoire pour le flic et un décor schizophrène en guise de terrain de jeux. L'affaire est complexe et son arrière-plan ajoute à la confusion. Les cités mélangées obéissent à un cadastre dément, certains bâtiments ou rues existent dans les deux. Vivre ici tient donc du funambulisme mental puisque chaque citoyen de chaque ville est tenu d'éviter de voir, « d'éviser », ceux qui vivent en face. Pour rester dans les clous on s'efforce donc de faire comme si les gens d'à côté n'existaient pas. Chacun chez soi mais tous ensemble. Une gageure absolue mais une nécessité si l'on veut se soustraire aux agents mystérieux de la Rupture, un organe répressif digne des plus noires dystopies.
China Miéville est décidément un phénomène d'imagination. L'idée de ces deux métropoles coexistantes, régies par un cadastre kafkaïen, tutoie clairement l'excellence car, au-delà de l'intérêt narratif (égarement, altérité...) et de la mise en ambiance, Miéville trouve là un moyen de plaquer l'air de rien un embryon de discours sur l'Europe qui, s'il n'est ni central ni ébouriffant, a au moins le mérite de donner une résonance actuelle à cette cité-monde double, qui n'aurait pu être au final qu'un décor délirant. Besźel la slave, grise et fatiguée, offre une image passée de la vieille Europe dépassée, en collision frontale avec une Ul Qoma où il est aisé et même évident de reconnaître une métropole d'Orient dynamique, tournée vers le futur et les dollars de l'Oncle Sam. Au carrefour des peuples, la cité et la cité offrent ainsi l'image de deux époques bien différentes. À cela s'ajoute, comme toujours chez Miéville, des groupuscules politiques extrémistes (nationalistes au front bas et unionistes), des magouilles au sommet et la présence pesante d'une machine étatique cachée dans un grand bâtiment fascisant (ici L'Unicipe). Sans doute cet aspect de l'univers Miéville, mêlant paranoïa et surveillance, contribue-t-il à rapprocher son travail de celui de Kafka.
L'affaire criminelle se complique en outre de ramifications où la légende le dispute à l'histoire officielle et qui font pencher le récit vers le fantastique sans jamais y basculer tout à fait. Ainsi, la vieille croyance populaire en l'existence d'une ville entre-deux, Orciny, surgit au milieu du récit pour semer le trouble dans l'esprit des enquêteurs. Pour autant, The City and the City n'oublie pas d'être avant tout un très bon polar, respectueux des codes d'un genre qui n'en manque pas, mais qui sublime les conventions grâce à un rythme soutenu et une atmosphère qui n'en finit pas de fasciner. Économe dans ses descriptions, loin de Perdido Street Station par exemple, China Miéville suggère d'un trait et laisse agir la possible identification par le lecteur à des villes bien réelles. Si le style ripe parfois un peu, jamais ces accrocs ne nuisent vraiment à la fluidité de l'ensemble. Et pour ne rien gâcher, les personnages sont assez soignés pour devenir attachants, notamment cet inspecteur Borlu toujours en équilibre entre cynisme et idéalisme et la sympathique Corwi, dont on regrette qu'elle ne soit pas présente tout au long de l'histoire. The city and the city s'avère donc un remarquable roman qui confirme l'aisance de son auteur à visiter les genres littéraires sans gréver son talent.
mercredi, novembre 23 2011
Par Seb le mercredi, novembre 23 2011, 16:21 - Chroniques

2047. L'Inde est morcelée en une kyrielle de petits états indépendants, tous placés sous la menace d'une pénurie d'eau qui aggrave la misère galopante dont souffre une grande partie des citoyens de l'Union. Le Gange, Gangâ, fleuve prodigue, se tarit peu à peu et laisse des régions entières dans la détresse. Assoiffée, dans l'attente d'une mousson salvatrice, l'Inde n'en est pas moins un monde en constante accélération technologique, pour preuve le foisonnement des I.A (dont l'existence est plus ou moins réglementée), la démocratisation en cours des augmentations cybernétiques, les nombreuses manipulations rendues possibles par la nanochirurgie et l’ingénierie génétique (reconstructions intégrales du corps notamment) ou encore la présence lourde du virtuel qui conditionne jusqu'au monde de la télévision, avec des soaps interminables 100 % numériques.
Pour autant, la société indienne ne s'est pas délestée du poids des religions et l'Hindouisme, tout comme l'Islam sa rivale, continuent à exercer une formidable influence sur les mentalités d'un peuple qui a réussi à trouver un équilibre précaire entre les possibilités de « transcendance » offertes par la technoscience et une culture du rituel qui fait de la mort un spectacle quotidien le long des rives du fleuve-dieu. Entre tensions communautaires et nationalisme rampant, les états indiens dessinent un futur incertain.
Le décor impressionne par son foisonnement, la crédibilité de chaque fait social ou économique que l'auteur extrapole avec une acuité prospective qui lui vaudrait d'être cité en bonne place aux côtés d'un Brunner par exemple. Ian Mac Donald excite les sens en les bombardant de stimulis essaimés au fil de descriptions dynamiques. Une forme de saturation assez voisine des procédés des cyberpunks. Ainsi, cette Inde polymorphe sourd à chaque page, dans ses plus menus détails, pour une immersion totale et, il faut le reconnaître, jouissive.
Pour tisser son récit, l'auteur de Brasyl s'appuie sur pas moins de neuf personnages, issus de terreaux culturels et sociologiques différents. Leurs histoires vont rapidement influer les unes sur les autres, converger, selon un procédé d'entrelacement dont Mac Donald fait un usage juste. Au casting donc : M. Nanda, le flic krishna incorruptible dont la spécialité est d'excommunier/éliminer les I.A en maraude, sorte de Rick Deckard amateur de culture italienne, marié à la jolie Pâvarti, fille de la campagne qui rêve en soap opera et cherchent à s'affranchir des pesanteurs sociales. Autre couple, mais séparé cette fois, Thomas Lull et Lisa Durnau, lui grand ponte de l'intelligence artificielle reconverti en routard solitaire, elle jeune prodige de la biologie qui bichonne une simulation de genèse planétaire avec un amour de mère. Tout autour d'eux gravitent un héritier de tycoon, frustré dans ses désirs de carrière comique (Vishram), Shiv le petit voyou, Tal le/la neutre, créature androgyne issue du « meilleur » de la bioingéniérie, Nadja la journaliste en mal d'action et le très profond Shahîn Badûr Khan, conseiller auprès du Premier Ministre.
Bien plus qu'une intrigue de thriller post-cyberpunk, Le Fleuve des Dieux est d'abord un coup d’œil acéré dans les entrailles d'une société au bord de la crise, une crise triple, religieuse, politique, économique et donc, fatalement, culturelle. Tous ces petits états échauffés, tiraillés entre des alliances contraignantes, semblent couver de grands changements. Mais le plus intéressant reste encore cette histoire d'I.A en quête de reconnaissance identitaire, ces presque dieux dont on se rend compte qu'ils appartiennent à une seconde catégorie citoyenne, ni tout à fait êtres, ni tout à fait logiciels, et qui pullulent à la lisière du réel, au plus intime du monde, comme ces divinités hindous sans nombre venues du fond des âges.
Cette bonne vieille Singularité est donc encore au rendez-vous mais elle prend sens de ce qu'elle se confronte, notamment à travers le duo formé par Lull et la mystérieuse Aj, à l'humanité, à ces personnages que Mac Donald prend un soin tout particulier à creuser. Le paradoxe de ces êtres supérieurs que sont les I.A, souvent réduites à l'état d'outils ou, au mieux, de créatures sous tutelle, dans un univers où la religion écrase encore les perceptions et où l'on révère d'autres êtres supérieurs bien moins substantiels, suscite une certaine amertume. Tout au long du roman, Mac Donald ne perd jamais l'humain de vue, ne se départit jamais d'une rigueur totale dans la construction de son univers, n'oublie jamais d'être inventif (et souvent drôle) et de donner à moudre au lecteur de bien belles idées. Pour faire court, on peut dire que Le Fleuve des Dieux ressemble d'assez près à un très bon roman de science-fiction.
mercredi, octobre 26 2011
Par Seb le mercredi, octobre 26 2011, 11:52 - Chroniques

Il y a cent mille rues dans cette ville. Vous me dites où et à quelle heure. Je vous laisse cinq minutes et vous faites ce que vous voulez, je ne bouge pas... quoi qu'il arrive durant ces cinq minutes, je suis avec vous. Après ces cinq minutes, je vous laisse tomber et vous vous débrouillez seuls. Vous avez compris ?
…
Bien.
Tout commence par une nuit d'un bleu Michael Mann, quelque part à L.A. Deux hommes à cagoules pour un braquage sans envergure, un troisième pour les ramener à bon port. Calé derrière son volant, le Driver attend, cure-dent au coin des lèvres, que s'écoulent les cinq minutes (pas une seconde de plus) qu'il a accordées à ses complices d'un soir. Mutique il observe, réduit l'espace du monde à l'habitacle de la voiture, à la rue au-delà, le temps au tic-tac de sa montre. Son visage est fermé, son regard s'aiguise sur les contours du décor, balaye les environs et guette les voitures du LAPD. Le visage fermé. Ses deux clients de retour sur le siège arrière, il démarre, à l'écoute de sa radio réglée sur les fréquences de la police. Il se glisse dans la nuit en évitant les patrouilles, prudent comme un chat.
Se cacher, attendre, évaluer. Et rouler.
La ville s'écoule tout autour de la voiture en une galaxie de sodium qui tournoie et file par saccades sur les vitres, son tempo dicté par l'accélérateur. Rien dans cette évasion feutrée ne rompt les murmures du moteur et les mots des flics dans la radio. Le Driver ne cherche pas à rompre le rythme de la Cité, il s'y fond. Bientôt repéré, il éperonne les chevaux et détale, ventre à terre sur la highway. La scène monte en régime, balayée par les faisceaux froids des hélicos. Caché sous un pont, le Driver laisse passer la menace avant de se risquer dehors, une fois encore, et déjouer une nouvelle poursuite en plein trafic. Le run, aussi bref qu'intense, s'achève dans un parking souterrain noyé par la foule d'un match de base-ball. Job done.

Quand il ne joue pas avec la police, le Driver est cascadeur pour le cinéma, caché sous un masque de latex. Son seul compagnon semble être son patron et employeur Shannon (l'excellent Brian Cranston), patron d'un garage automobile. Le quotidien du jeune casse-cou se résume à des tournages éclairs, du cambouis et un appartement sans âme où il ramène du travail, parce que le Driver, lorsqu'il ne conduit pas, n'a d'yeux que pour son moteur. Mais dès qu'il le peut, il retourne à la rue, comme s'il n'avait d'existence que par elle. Effacé le jour, jusqu'à paraître banal, le Driver, une fois enfilée sa veste blasonnée d'un scorpion d’or, acquiert une dimension supérieure. Un jour comme un autre, il fait la rencontre d’Irene (Carey Mulligan), the girl next door, blonde fragile et mère en solo qui réussit à lui arracher un sourire aussi bref qu'incertain dans l'ascenseur.

On ne sait à peu près rien de notre cavalier, ni d'où il vient, ni pourquoi il est là. Nicolas Winding Refn lui confère par la négative cette fascinante aura de vide qui entourait déjà le personnage de One Eye dans Valhalla Rising. A l'instar du guerrier nordique, le Driver apparaît vite comme un archétype mythique, entre le solitaire de passage façon Eastwood et la créature interlope de Taxi Driver. D'ici ou d'ailleurs (« Il a débarqué dans mon garage il y a cinq ou six ans... il a débarqué et m'a demandé du travail » explique Shannon à Irene) il semble être toujours en mouvement, ce que confirme son hésitation à lier connaissance avec Irene. Un refus de s'attacher peut-être, qui n'est pas sans rappeler les héros de Michael Mann justement. Il faudra en fait une panne de voiture opportune, l'entremise de Shannon et une balade vaporeuse le long d'un canal à sec pour initier une love story toute en retenue entre les deux timides. Avec, au terme de cette fugue, quelques instants de paix arrachés à un bout de paradis, un simple bosquet hors de l'espace urbain et de son temps, ultime (et seul) moment de perfection avant le basculement. Le retour à la maison offre à ce titre une scène somme de ce qu'est la relation Driver-Irene : une hésitation. Et ce possible entrevu (que la réalisation de Nicolas Winding Refn habille des atours du songe romantique et pop) mais jamais vraiment réalisé (une main posée, des sourires légers... rien de plus) fait de Drive une ballade mélancolique.
C'est la sortie de prison de Guzman, l'ex en voie de rédemption d'Irene qui va précipiter la fin de l'état de grâce. Si dans un premier temps le Driver s'efface devant le père du petit Benicio, le passage à tabac de l'ex-taulard par deux collecteurs de dettes l'oblige à agir, pour protéger la jeune femme et son fils. Il accepte donc de servir de chauffeur à Guzman pour un braquage censé lui permettre de payer ses créanciers. Mais l'affaire tourne mal et ce dernier y laisse la vie. Le Driver s'en tire de justesse et découvre que ses employeurs ont essayé de le doubler. Commence alors une confrontation impitoyable entre les deux partis, avec un Driver mué en protecteur de la veuve et de l'orphelin.

Si la transition brutale vers l'ultra-violence qui caractérise la dernière demi-heure du film surprend de prime abord, elle s'annonce en fait bien avant, dans certaines attitudes du héros, et une scène pas si anodine que ça, au comptoir d'un bar où le Driver « éconduit » un ancien client venu taper la causette.
Le gars : Tu nous as ramenés de Palm Springs avec mon frère. Après, on a pris un autre pilote... J'ai fait six mois de taule et mon frère s'est fait descendre... Je vais avoir un job cool bientôt...
…
Le Driver : Qu'est-ce que tu penses de ça ? Boucle-la. Ou je te pète les dents à coups de pied et je te les fais avaler pour que tu la fermes.
S'en suit un long silence, un long regard et un sentiment de malaise. Le masque d'ange tranquille du Driver se fissure et laisse deviner agressivité et jalousie. La charge de mort de ce personnage finalement indéchiffrable éclatera au visage du spectateur peu après, dans un dernier acte où la violence outrée dont il use contre ses ennemis paraît justifiée par la nécessité de survivre. C'est d'ailleurs une constante dans l'oeuvre du réalisateur danois qui filme l'homme comme une créature menacée, comme si la civilisation cachait bien mal la permanence de l'état de nature. On se référera à Valhalla Rising notamment.
Prix de la mise en scène du dernier festival de Cannes, Drive est assurément une réussite formelle qui fusionne le polar urbain vintage, électrique et sec, et les parenthèses poétiques d’un cinéma emprunt de mélancolie. Cet alliage improbable ennoblit un matériau scénaristique pourtant très classique et il se dégage de l'ensemble un parfum de fantasme, comme si cette histoire parvenait à se dégager de ses gènes cinématographiques « plébéiens » pour se surpasser. On en ressort avec des souvenirs de lumières et de silences, ennivrés par une bande-son qui épouse les mouvements du film, distillant beats, synthés et mélodies nostalgiques tout droit surgis des eighties. Drive est une rêverie arrachée au temps, impossible à situer donc, un objet filmique brillant qui esquive toute classification, comme l’ont fait avant lui aussi bien Valhalla Rising que Bronson. Il confirme aussi que Nicolas Winding Refn plane loin au-dessus de la production actuelle, dans un ciel d'orage qui n’appartient qu’à lui.

jeudi, octobre 13 2011
Par Seb le jeudi, octobre 13 2011, 19:54 - Parutions

Date de parution : Octobre 2011
56 pages. Couverture de Mira.
Numéro spécial avec les lauréats du concours Visions du futur.
Sommaire :
La Reine des crocs de Phil Becker
Cache-cache martien de Jacques Païonni
La Fée d'Olivier Caruso
Quelques conseils pour participer au concours.
Le règlement de l'édition 2012 du concours
Pour le commander : - Envoyer un chèque de 3,70 euros (frais de port compris) à l'ordre de "Club Présences d'Esprits" à Club Présences d'Esprits, c/o Yohan Vasse, 32 rue des Prés, 77910 Barcy - France - Ou passer par la boutique (chèque ou paypal) du Club Présences d'Esprits
jeudi, octobre 6 2011
Par Seb le jeudi, octobre 6 2011, 11:15 - Chroniques

Les années 20 dans la neige du Colorado. Être italien, fils d'immigré, fils de maçon et pauvre comme un paysan des Abruzzes. L'essence d'Arturo Bandini, c'est ça. Un trou à la chaussure, de la colère au fond des poings.
À la maison maman se fane. Maria, brune fragile et fervente, amoureuse de Dieu et de son Svevo de mari, petite créature nouée à son rosaire. Papa est maçon mais crève de ne rien faire lorsque l'hiver gèle tout. Il boit et joue les derniers dollars. Reste les petits frères : August, grenouille de bénitier destinée à la prêtrise et Federico, gêneur court sur pattes. Pour Arturo, la maison se fuit, le terrain de base-ball est un paradis perdu dans ce monde de silence et de boue noire. Parce qu'Arturo rêve de première base et de gloire. Il se veut américain quand on le regarde comme un métèque.
Cette oscillation entre honte et fierté des origines donne son tempo au roman de Fante. Arturo, reflet d'enfance de l'auteur, fait sienne sa rage d'être autre. Le gamin hait sa pauvreté tout autant que ses tâches de rousseur et son sang de rital, il hait Rosa Pinelli qu'il aime pourtant mais qui le regarde avec mépris. Croit-il. À l'école des bonnes sœurs comme dans la vie, il n'y a pas de magie pour l'aîné des Bandini, rien qu'un ennui qui s'étire au long de l'hiver.
Un jour le père fugue et la mère l'attend et hante la maison froide comme un sépulcre, sous le regard de ses fils qui ne comprennent pas. Sauf Arturo, qui ne sait s'il doit mépriser cette faiblesse de femme, cette foi imbécile dans laquelle se drape Maria, ou aimer une mère au désespoir. Peu après le gamin aperçoit le paternel tout sourire au bras d'une bourgeoise de la ville. Contre tout attente, Svevo l'infâme devient héros, conquérant italien de la blonde Amérique et un modèle pour ce fils qui lui ressemble tant. Gonflé d'orgueil, Bandini ose alors déclarer sa flamme à Rosa et va jusqu'à lui offrir un collier volé à sa mère.
Et lorsque Svevo ose remettre les pieds à la maison, des billets verts plein la pogne, c'est pour mieux se faire cracher au visage par sa petite Maria changée orage de haine. Ongles dans la chair, du sang sur la neige devant la porte et Svevo s'en retourne bouleversé vers sa maîtresse. On découvre une vérité un peu différente de ce que l'on imaginait.
Premier roman de John Fante, Bandini est donc une œuvre de jeunesse, avec ses beautés brutes et ses emportements, ses limites aussi. Si l'histoire peine à surprendre et les enjeux s'avèrent limités à ce que l'on peut attendre d'un texte sur l'enfance, on trouve déjà là ce qui fait le charme des romans suivants : cynisme, désir maladroit d'être aimé, soif de reconnaissance mondaine. Le texte n'en est pas moins touchant. L'écriture s'arrondit parfois d'un humour jouissif, ouvre des fleurs de poésie à des moments inattendus. Écriture très intérieure qui expose les pensées crues d'Arturo. Épouse dans ses mouvements les indécisions de l'adolescent. Toute l’œuvre de Fante s'y enracine.
mercredi, septembre 28 2011
Par Seb le mercredi, septembre 28 2011, 12:35 - Chroniques

Longtemps pensionnaire de la défunte collection Fleuve Noir Anticipation, à laquelle il a offert quelques romans de grande qualité dont le déjà très cyberpunk La mémoire totale, Claude Ecken a d'abord brillé (et brille encore d'ailleurs) dans l'exercice de la nouvelle. Réputé pour son exigence documentaire, la qualité de sa prospective et le soucis de modeler des personnages à la psychologie profonde et aux motifs crédibles, Claude Ecken n'a jamais abdiqué ces qualités en passant du format court au long. Et vice versa. Si sa bibliographie n'a pas l'ampleur quantitative d'un Dick, elle compte nombre de textes précieux, certains parus dans des revues confidentielles. Avec Le monde tous droits réservés, Le Bélial réunit en 2005 treize nouvelles représentatives de l’œuvre de Claude Ecken, nouvelles parues entre 1981 et 2003, dont une inédite.
Comme signalé par Roland C. Wagner dans sa préface, Le monde tous droits réservés, qui sert d'ouverture au recueil, ne contient pas une once de science. Claude Ecken y traite du statut de l’information dans une société plausiblement contemporaine. Elle se vend et s'achète comme une simple marchandise et fait même l'objet d'une spéculation acharnée. Avec cette idée comme point de départ, Ecken interroge la nature de la réalité quand l'homme la réduit à objet modifiable à souhait par le seul pouvoir de l'information, elle-même possibilité d'une mise en scène du monde. D'une totale actualité, cette excellente nouvelle résonne tout particulièrement en ces temps de surinformation, et pique au flanc l'éthique journalistique.
Plus convenue de prime abord, L'Unique nous ramène en terrain familier : une société qui maîtrise le génome et permet à ses citoyens de choisir parmi un pool de génotypes limités le profil de leurs enfants, en fonction de leur profession future... une humanité peu diversifiée qui n'oublie pourtant pas d'éliminer au compte-gouttes les minorités ethniques et de les cantonner à certains rôles « culturels »... le chômage vaincu par une vision mécaniciste qui fait de chacun un engrenage désigné d'avance... Et au milieu de ce tableau inquiétant un enfant né naturellement, comme un sacrilège, une abomination qui découvre sa différence après des années de mensonges parentaux. Mais le monde le refuse et cherche à le condamner en grande pompe. Claude Ecken nous livre-là un pur bijou (inédit) de dystopie, une brillante prospective sociale.
La deuxième moitié du recueil nous réserve trois nouvelles de très haute volée qui marqueront sans doute longtemps le paysage science-fictif français. Fantômes d'univers défunts d'abord, véritable exercice d'équilibriste où la volonté de donner vie à des personnages épais rejoint le désir d'une ample respiration intellectuelle. Tout commence comme une histoire d'amitiés au cœur d'un groupe de potes férus de vertiges scientifiques et glisse avec élégance vers une plongée hard-science toute pleine de sense of wonder. Mécanique quantique et sentiments y font un ménage surprenant, typique du style Ecken. Un texte fort, très fort, où la recherche du bonheur passe par le voyage entre des réalités parallèles.
Éclats lumineux du disque d'accrétion, couronné par un Rosny en 2004, joue lui de l'ironie en dépeignant une société où chômeurs et laissés pour compte sont pris en charge par l’État et les travailleurs, mais se retrouvent en fait enfermés dans un assistanat qui n'a d'autre but que de les tenir à l'écart de cette frange active de la population qui ne veut pas les voir. Ecken nous montre des exclus pour la plupart aliénés par ce système et incapables d'en sortir, même si quelques-uns luttent, à travers les trafics d'informations ou de marchandises, pour y échapper et quitter le ghetto.
Sans doute la nouvelle la plus marquante du recueil, La fin du Big Bang, entrelace la destinée d'un homme et celle de l'Univers. Le personnage principal, traîné d'une réalité à l'autre, s'efforce de construire son existence malgré les soubresauts quantiques qui l'obligent à se réadapter à chaque nouveau changement. C'est l'occasion pour Claude Ecken de poser la question de l'être et de sa trajectoire intime lorsque tous les repères (environnement, souvenirs...) sont soumis à des mouvements qui sapent leurs fondations. L'auteur déploie dans ce texte une maîtrise admirable de son sujet, s'y montre habile et sensible dans la construction de son héros, de l'enfance à l'âge mûr. Comment trouver sa place dans cette vie (et y rester) lorsque rien ne dure et que la mémoire ne cesse de tromper ? L'idée est brillante, et Claude Ecken lui donne une forme qui ne l'est pas moins.
On signalera aussi le très poétique En sa tour, Annabelle, quatre pages qui habille la gravité du propos d'une écriture légère. Une jeune fille folle inquiète son entourage par ses incessants babillages surréalistes qui finissent par la condamner à l'incompréhension et à la réclusion, au grand chagrin de son frère, amoureux de sa différence et de son langage baroque. Une petite perle inattendue.
Excellente initiative donc que ce recueil qui rend hommage au talent de nouvelliste de Claude Ecken. Certains textes sont exemplaires d'une SF qui assume le rôle qu'elle s'est donné, celui de défricheur des possibles, en ne négligeant ni la réflexion scientifique et sociale, audacieuse, ni la chair de ses intrigues et de ses personnages. Visions acérées d'un futur gris sombre, réactualisé au fil des décennies par un auteur toujours en prise directe avec le monde, représentatif du meilleur du genre en France. Pas si éloigné que ça d'Egan. Sans doute moins froid. Humain.
dimanche, septembre 11 2011
Par Seb le dimanche, septembre 11 2011, 22:02 - Divers

"Every disaster made us wish for something bigger, grander, more sweeping."
Don DeLillo, White Noise.
mardi, août 23 2011
Par Seb le mardi, août 23 2011, 11:56 - Chroniques
Condamné à la prison pour manque flagrant d'enthousiasme martial, dans une Amérique en guerre quelque part en Asie du Sud-Est, le poète Louie Sacchetti tue l'ennui en consacrant son érudition et sa verve à la rédaction d'une chronique où il se fait le scrutateur lucide et parfois cruel de ses codétenus. Un jour comme un autre, Louie est transféré sans raisons apparentes dans une sorte de camp militaire souterrain coupé du monde. L'officier en charge demande alors au prisonnier Sacchetti de poursuivre son travail de chroniqueur, dont chaque page sera ensuite l'objet d'une lecture attentive de la part de la direction.
Sordide réalité d'une prison faussement détendue, chaque prisonnier sert ici de cobaye dans le cadre d'une expérience menée par l'armée. Infectés, via une drogue expérimentale, par une bactérie proche de celle de la syphilis, ils développent dans un laps de temps dérisoire (neuf mois) une intelligence supérieure. Et dans ce même laps de temps leur corps se désagrège, souffre, et meurt. Le prix du génie semble-t-il. Seul Louie échappe à la « mutation » : il sera le témoin.
Laissés libres d'exprimer ce génie comme bon leur semble, les prisonniers passent les ultimes mois de leur vie à créer, penser et se perdre dans l'abstraction. Certains y puisent un peu de bonheur mais pour la plupart, ce don leur vaut d'être enfermés dans une autre cellule, celle de leur intelligence qui souffre de ne pas trouver de réponses aux questionnements de plus en plus violents qui roulent sous les crânes. Condamné au spectacle d'un châtiment que n'aurait pas renié le grand Dante lui-même, Louie Sacchetti finira lui aussi par boire au calice prométhéen. Infecté à son insu, il va connaître le même sort que les autres.
Camp de concentration, sorti en librairie en 1968, confirme le talent de Disch, qui enfonce ici le clou du cynisme en proposant une nouvelle version noire, très noire de ses États-Unis, trois ans après Génocides. En pleine Guerre du Vietnam, son récit d'un objecteur de conscience condamné à la prison cogne à l'estomac. Dans cette Amérique-là (dont presque rien n'est dit), on paie de sa liberté physique celle de la pensée, dans un contexte politique qui impose la dévotion au drapeau comme vertu cardinale. Mais ça n'est pas là le propos majeur de ce roman (heureusement du reste), et encore moins le seul. Disch joue avec l'idée que l'intelligence, et non ses fruits, peut être un objet de convoitise en soi. Les prisonniers ne sont rien d'autre que des rats de laboratoire au service de l'officier commandant le camp Archimède. Cet homme en fin de carrière, effrayé par la vieillesse, détourne à son profit la surprenante quête alchimique de Mordecaï Washington et des autres détenus (en fait simple paravent à leur tentative d'évasion audacieuse) dans l'espoir de trouver une échappatoire à la mort. Le propos s'étend jusqu'à la critique du complexe militaro-industriel, de son utilitarisme répugnant qui réduit la science à un outil (l'officier travaillant en fait pour une firme privée).
On peut aussi lire Camp de concentration, et c'est peut-être son versant le plus séduisant, comme l'évocation originale de l'angoisse de la mort : comment la supra-intelligence se confronte-t-elle à ce qui demeure, malgré tout scientisme, un mystère insurpassable. Chez Mordecaï d'abord, puis chez Louie, la folie prend racine à mesure que la chair pourrit et que l'esprit se heurte plus durement au mur ultime, jusqu'à la fin. Il y a dans les poursuites intellectuelles des uns et des autres une urgence pathétique, une recherche de... sens ? accomplissement ? qui s'avère toujours vaine. Car le trépas ne coïncide avec aucune révélation finale et libératrice, rien n'est à attendre au franchissement du seuil. Il ne reste pour Louie et le lecteur, qui assiste de l'intérieur à son agonie mentale et physique, qu'une rapide descente dans la démence ponctuée de visions surréalistes. Le poète, devenu homérique après la perte de ses yeux, dialogue avec Thomas d'Aquin et frôle des vérités supérieures.
C'est dans la représentation de ce basculement que l'écriture de Dish libère toutes ses saveurs amères. Englué dans la conscience de Louie, le lecteur la voit s'égarer,. Obscure dérive rythmée par les tentatives littéraires de plus en plus fantasques et absconses du héros, la deuxième partie du roman distille des moments d'écriture de haute tenue où l'absurde ne fait que renforcer le caractère tragique de ce huis-clos. Louie écrit (théâtre, poésie, prose...) sans qu'on sache toujours où le réel se situe. Même le dénouement laisse planer un doute.
Sans doute possible, Thomas Disch est un dealer de poison, le poison de l'âme, et sa marchandise une drogue littéraire à effets lents. Gare à la descente.
mardi, juillet 19 2011
Par Seb le mardi, juillet 19 2011, 14:19 - Chroniques
Premier pays du monde à avoir été atomisé et seul nation honorée par la bombe, le Japon demeure, 65 ans après, marqué la catastrophe. Absorbé par la culture, l'atome s'est répandu dans l'imaginaire des artistes nippons, écrivains, cinéastes, photographes, peintes et mangaka. Mais c'est sans doute la littérature qui s'est le plus accaparé le sujet, à tel point qu'un genre nouveau a vu le jour, uniquement consacré au désastre, le Genbaku bungaku ou « littérature de la bombe », qui brasse journaux, poésie, drames et fictions et constitue une somme formidable de témoignages sur l'événement et ses conséquences.
Longtemps censuré par l'occupant américain, cet ensemble d'œuvres, compilées au fil du temps par des écrivains pacifistes comme OE Kenzabûro, peine encore aujourd'hui à faire son chemin dans le monde éditorial, alors qu'il porte en lui un universalisme salutaire. Sur le strict plan de l'histoire de la littérature nippone, cet élan suscité par l'horreur d'Hiroshima et Nagasaki s'inscrit dans une volonté plus large du roman japonais de sortir du sillon d'une littérature individualiste typique de l'avant-guerre pour mieux s'ouvrir au monde.

Parmi cette abondance, le roman d'IBUSE Masuji, Pluie Noire (Kuroi Ame), adapté au cinéma par IMAMURA Shohei s'avère une pièce majeure. L'auteur y raconte l'histoire de Yasuko, une jeune fille irradiée par la pluie noire qui s'abat du ciel après la chute de la bombe. Elle est un hibakusha, l'un de ceux marqués dans leur chair par le drame et qui vont souffrir dans les années qui suivent d'un ostracisme mal connu de la part d'une société qui cherche à tout prix à oublier. Le récit oscille entre passé et présent, entre l'instant vécu à travers les yeux de l'oncle et de la tante, mais aussi d'autres témoins qui racontent leur expérience du grand éclair blanc, et la lutte de l'oncle, cinq ans plus tard, pour prouver que sa nièce, objet d'une demande en mariage, n'est pas malade de la bombe.
Le style sec, dépassionné, confère au récit un aspect journalistique qui culmine dans la description des blessures et des maux qui frappent les victimes. On peut y voir une pudeur aussi, un refus du pathos et une évidence : un tel spectacle n'a nul besoin d'être lourdement souligné pour susciter les émotions les plus fortes. Au-delà du fait brut de l'explosion, Pluie noire relate le quotidien des survivants dans les jours qui suivent et l'on découvre des habitants réduits à lutter par leurs propres moyens contre la faim, la soif et la maladie, tandis que l'armée s'agite en brandissant le drapeau de la lutte finale sur le territoire, incapable de prendre conscience de sa défaite ni de voir où sont les priorités. Il n'y a pas d'union sacrée, non, rien de stéréotypiquement japonais, si ce n'est une rigueur dans l'organisation des secours, une opiniâtreté à survivre, un respect de la hiérarchie hors de propos.

C'est avec ses mots de poète qu'HARA Tamiki, rescapé d'Hiroshima, raconte dans Hiroshima, Fleurs d'Eté, sa propre souffrance et celle des siens. En trois nouvelles formant un tryptique Avant-Pendant-Après, l'auteur peint avec une force discrète l'attente du désastre, incarnée dans la silhouette menaçante des B-29 américains qui font sonner le tocsin à chaque passage, provoquant des évacuations répétées qui finissent par devenir le centre de gravité de la vie du narrateur. L'horreur n'est pas encore là mais elle s'annonce, on la soupçonne, elle se cache dans les présages. Chaque nouveau bombardement qui précède la bombe du 6 août prend des allures d'avertissement.
La survenue de l'enfer et ce qui suit, la recherche hagarde des membres de la famille dispersés, des funérailles d'enfant toutes larmes bues, nous montre une population totalement désorientée et dont la douleur semble renfermée. Dans un décor irréel, plaintes et gémissements, corps torturés, incendies, donnent une idée de l'apocalypse. Il n'y a pas d'éclats, de sanglots pathétiques mais un abrutissement conjoint à l'errance qui semble mettre fin à toute possibilité de souffrance émotionnelle. On subit d'abord dans sa chair, on s'applique à survivre à l'après, on lutte contre les maux du corps, le pourrissement, la lassitude. Le chagrin semble remis à plus tard.
Représentatifs du genre du Genbaku bungaku, ces deux romans émerge d'une production importante qu'il est difficile de délimiter tout à fait. Mais on peut y ajouter OBA Minako avec La fleur de l'oubli un texte de 1977 hanté par l'horreur, où une jeune fille née après la guerre et élevée aux États-Unis revient au pays pour retracer l'histoire de sa famille. D'une manière générale, des écrivains comme IBUSE et HARA se sont attaché d'abord à mettre en mots l'instant fugace de l'explosion, souvent réduite à son essence à la fois fascinante et effroyable, le grand éclair blanc, puis à dire le monde d'après, le plus immédiat, ramené dans la conscience des survivants à un paysage de désolation ardente d'une horreur boschienne où bois, chair et cendres s'agglomèrent. Une horreur qui, d'une certaine manière dérangeante, fascine autant qu'elle bouleverse.
dimanche, juillet 10 2011
Par Seb le dimanche, juillet 10 2011, 23:14 - Haïkus

Où s'en va la route
Lorsqu'éclatent les sabots
dans la nuit d'asphalte ?
jeudi, juillet 7 2011
Par Seb le jeudi, juillet 7 2011, 10:50 - Prose libre

Soul as a zone
Here and over there.
A misty crawling bridge
Mirrored in dark.
Me on the shore
Fading.
mercredi, juillet 6 2011
Par Seb le mercredi, juillet 6 2011, 02:04 - Prose libre

Le matin, là,
Et la marche qui use
Le temps que l'on voit briller
Aux angles doux des pavés.
jeudi, juin 23 2011
Par Seb le jeudi, juin 23 2011, 09:04 - Chroniques

vendredi, juin 17 2011
Par Seb le vendredi, juin 17 2011, 14:09 - Articles
Cross-over improbable entre le jeu vidéo, le cinéma et l'animation, Le Machinima (néologisme formé à partir des mots machine/animation/cinéma) émerge peu à peu dans l'art contemporain en tant que discipline à part entière. Il aura tout de même fallu attendre près de quarante ans et les débuts de la scène démo pour le voir accéder à une forme de reconnaissance artistique, conséquence logique de la démocratisation du jeu vidéo et de son emprise croissante sur la culture de masse.
Parvenu à une forme de domination économique du marché de la culture, le jeu vidéo abreuve depuis longtemps l'imaginaire collectif d'une foultitude de figures et d'univers, déjà élevés au rang de mythes par les gamers. Le cinéma s'est emparé de certaines d'entre elles, avec une fortune discutable, contribuant ainsi à les porter vers le public non-initié. Il semblait donc presque naturel que la matière vidéoludique finisse par imprégner la création contemporaine et c'est ainsi que l'on voit débouler aujourd'hui sur le Net un nombre croissant d'œuvres de Machinima, où les bases techniques des jeux vidéos (notamment les moteurs 3D et les éditeurs de monde) servent à concrétiser des ambitions narratives qui témoignent parfois d'un vrai désir cinématographique. Pour faire simple, un machinima est en fait un film d'animation qui utilise le support visuel d'un jeu vidéo (textures, animations, personnages...) pour raconter une autre histoire. D'abord confidentiel, cet élan artistique a largement bénéficié des progrès de l'outil informatique et l'apparition, au milieu des années 90, de la 3D véritable et de l'enregistrement intégré des séquences jouées pour essaimer dans le milieu.
Un festival pour sortir le genre du ghetto
Preuve de sa réussite, il existe aujourd'hui des festivals entièrement consacrés au Machnima, y compris en France, avec l'Atopic Festival qui organisera en décembre sa troisième édition. Pour sa directrice artistique, Margherita Balzerani, le Machinima représente un formidable vecteur de diffusion des possibilités artistiques qu'offre l'hybridation entre cinéma, animation et jeu vidéo. « L'Atopic est né d'une constatation personnelle. En tant que critique d'art, je travaille depuis un certain temps sur la mise en avant des enjeux esthétiques du jeu vidéo au sein de l'art contemporain, et j'ai constaté qu'un nombre croissant d'artistes s'appropriaient ce nouveau medium ». Pour Margherita Balzerani, le Machnima serait avant tout une rencontre fertile entre deux mondes, celui des gamers d'une part et de l'art d'autre part. Une coalescence qu'on jugerait peu évidente de prime abord, mais dont il faut souligner les résultats plastiques et narratifs. Car, profitant d'une malléabilité grandissante des jeux vidéos, le Machinima opère un détournement, une réappropriation des outils informatiques, dans un but créatif.
« Le Machinima autorise la création de formes nouvelles et l'Atopic Festival s'est donné pour vocation, entre autres, de révéler de vraies écritures cinématographiques issues de la culture des hardgamers » affirme Margherita Balzerani. Il s'agit donc bien, d'une certaine façon, de cinéma , et d'animation, même si le Machinima s'en écarte du fait de sa dimension performative, les personnages étant animé en temps réel. Ainsi, le machinimaker se révèle à la fois acteur et réalisateur, dans rencontre entre écriture cinématographique et performance d'art contemporain. Et c'est sans doute là une des forces du genre. « Nous voulons sortir ces œuvres du Web et les diffuser devant un public plus large, un public de cinéma, dans des salles, et mettre en lumière cette tendance sociétale qu'est le Mashup, le mélange, la recombination ». La directrice artistique de l'Atopic Festival se refuse à voir dans le Machinima un phénomène exclusivement lié à la game culture : « On trouve dans la programmation de notre festival du journalisme immersif, du cinéma documentaire, des émissions de télévision... ».
Une envie d'histoires
Loin d'une obsession pour le « tout informatique », l'Atopic Festival cherche avant tout des projets artistiques. « Les réalisateurs choisis pour la programmation ne le sont pas selon des critères exclusivement techniques bien évidemment. C'est d'abord l'écriture, l'originalité du scénario, la proposition esthétique, formelle qui nous guident dans nos choix ». Et de rappeler au passage cette évidence : « La performance ne rend pas, seule, l'émotion ».
Car, parallèlement à une évolution des performances graphiques incarnée par certains jeux de pointe, très réalistes, « il y a un tout un univers vidéoludique indépendant dont le meilleur exemple est Limbo, un jeu extrêmement épuré ». Un jeu vidéo indie, d'auteur si l'on veut filer la métaphore cinématographique. Ainsi, « le Machinima pourrait s'apparenter à une tendance qui est celle explorée par Chris Marker, avec une économie de moyens, dans son film La Jetée » estime la directrice du festival. Cette faiblesse des coûts de production, ainsi que la rapidité de la conception, fait une bonne part de l'attrait du Machinima. En effet, il suffit d'un logiciel de jeu pour exploiter sans guère de contraintes le moteur graphique, et quelques autres softs, assez simples d'usage, pour le son, la capture de séquences... etc. Ce qui permet aux machinimakers de réaliser des scènes presque impossibles à envisager par des moyens traditionnels, tout en proposant des histoires et des enjeux forts.
Pour autant, pas question de faire du Machinima ce qu'il n'est pas. « Personnellement je ne souhaite pas forcément lui conférer une élévation intellectuelle. Ce qui m'intéresse c'est de donner l'opportunité au grand public d'assister à la projection, la diffusion de ces histoires ». Une démocratisation donc. Toujours dans cet esprit d'ouverture au grand public, Margherita Balzerani insiste sur le fait que si l'outil de base, le jeu vidéo, n'est pas à négliger, il faut apprendre à le mettre un peu de côté et ne pas considérer le genre Machinima comme une simple émanation.. « On se rend compte face à l'écran qu'on finit par oublier que c'est un jeu vidéo et on entre dans l'histoire comme s'il s'agissait de cinéma. La plupart des gens viennent en croyant assister à quelque chose qui serait une extension narrative du jeu vidéo et découvrent une œuvre proche du cinéma classique. C'est un rendez-vous inattendu. Car ce qu'on attend, avant toute chose, c'est une histoire ».
Dagon de HP Lovecraft adapté en machinima (Atopic Festival 2010)
mercredi, mai 25 2011
Par Seb le mercredi, mai 25 2011, 14:19 - Chroniques
David Calvo ne fait rien comme les autres et surtout pas quand il écrit. Encore tout vert (36 ans seulement), il a pourtant déjà posé les jalons d’un univers riche et décalé, une fantasy contemporaine où il s’applique à battre en brèche les mythes générés par notre société néo-libérale, à secouer le réel, à jouer avec des codes multiples. Et comme il est taquin, hors de question pour lui de se laisser catégoriser. Il touche à tout, fait ça bien et finit plutôt par dérouter. C’est d'ailleurs pour toutes ces raisons que David Calvo est précieux.
Nid de coucou est un recueil de nouvelles, certaines déjà parues mais reprises et remaniées ici pour être intégrées à un ensemble cohérent, sous-tendu par un fil rouge, renforcé par de nouveaux textes et des photos, des plans, qui lui donnent une épaisseur supplémentaire. Si les textes qui composent ce volume paraissent ne pas former une continuité raisonnée, les idées qui affleurent s'intègrent elles à une réflexion d'ensemble sur la culture mainstream et la façon dont elle a substitué ses icônes à celles des religions fatiguées. Ça pourrait être chiant comme un jour de pluie sur Vierzon mais... non. Car l’inspiration baroque de Calvo élève ce constat vers des cieux colorés. Ainsi le Casimir de notre enfance devient le point de départ d’une étrange déviation de l’histoire du monde et Calvo ose même une préhistoire légendaire où l'ami orange de tous les enfants joue les tyrans, maître d'un monde peuplé de créatures fantastiques et qui aurait précédé le nôtre.
Chaque récit amène sa touche déglinguée. Tout commence avec celui, effarant, d'un Casimir psychopathe qui se livre au massacre de ses fans lors de son ultime apparition dans l'Île au Enfants. Le crime, trop énorme, est vite occulté car l'image de la grosse bête protectrice et sympa doit perdurer, le gouvernement et les médias y veillent. Passée cette ouverture rock'n roll, on navigue ensuite entre pure réflexion et souvenirs personnels filtrés au noir. Enquête policière pas banale dans Iceblink Blunk avec un bonhomme de neige en guise de victime, Frank Sinatra découvrant de biens étranges choses sur la Lune dans la nouvelle La mer des Sargasses, le délirant Supercroc où l’auteur nous livre ses révélations sur l’origine du crocodile de Peter Pan. Vu comme ça, on songe à un délire aux acides, mais force est de constater que tout cela est bien agencé et nous promène dans un imaginaire très personnel et d’une vive intelligence. Calvo marche derrière le décor des mythes de masse et nous raconte comment sont les choses : des mensonges, des omissions, comme s'il fallait à tout prix nous maintenir dans une illusion joyeuse.
Pour couronner le tout, l’écriture impressionne. Stylée en diable, aussi inclassable que le bonhomme, elle aime l’iconoclasme signifiant plutôt que tape-à-l’œil, les variations soudaines, les suggestions, et les métaphores qui ricochent. Toujours en mouvement, Calvo se promène d'une atmosphère à l'autre avec une égale réussite, s'amusant avec les genres. Il régale de poésie inattendue, sait se faire truculent, n'oublie jamais l'incise. A sa manière, Nid de Coucou ressemble à cette poudre effervescente que les gosses se fourraient dans la bouche et qui les faisait grimacer de bonheur.
Mais alors pourquoi cette vague tristesse à la fin ? De la mélancolie peut-être ? Sans doute. Celle d'une enfance enfuie, définitivement scellée derrière des portes qu’il vaut mieux ne pas essayer de forcer sous peine de découvrir que ce que l'on garde en mémoire, rose et bleu et duveteux, n'est pas conforme à la réalité. Sans doute aussi y a-t-il un peu d'amertume chez David Calvo, lui qui s'est rendu compte que ses héros de jadis sont en toc et que la société dans laquelle nous vivons ne fabrique des héros et de belles histoires que pour mieux se tromper. Non, le Pays Imaginaire n'est pas pour le vieil homme.
mardi, mai 24 2011
Par Seb le mardi, mai 24 2011, 14:57 - Parutions
La guerre, c’est l’opéra grotesque d’un crime à grande échelle ; une forme fondamentale de la nature humaine, le théâtre atavique de la discorde. La guerre, c’est l’abandon de soi dans l’idée commune, et l’expression la plus extrême de la solitude de l’être.
Quatorze déclinaisons sensibles et concernées sur la pandémie la plus imaginative de l'Histoire ; de l'esthétique du conflit à la mise en scène de l'horreur brute d'un enfant-soldat, les textes composent de la guerre dans notre société et dans nos imaginaires ; de la dissension entre et au sein des êtres, de la mémoire dans nos structures, sous toutes nos coutures.
De l'humain bâti sur le feu pour s'anéantir dans ses braises. De la tension, de l'exécution, du souvenir, avec violence, lassitude — avec espoir, parfois ; puisqu'il ne s'agit au final rien de moins, dans toute la splendeur de son ironie, que d'une bataille contre la guerre.
Anthologie présentée par Yael Assia & Merlin Jacquet

mardi, mai 17 2011
Par Seb le mardi, mai 17 2011, 11:28 - Chroniques
Dans un futur incertain, l'humanité arrachée à son berceau a finalement peuplé le système solaire en bâtissant d'immenses cités orbitales. Cette humanité, dont la définition même a été réécrite par la génétique et la cybernétique, s'est scindée en sub-espèces pour former un ensemble géopolitique et culturel dominé par la lutte constante entre tenants du génome et zélateurs de la technologie, tous lancés dans une course effrénée pour l'amélioration de soi, nourrissant comme toujours le rêve de dépasser la mort.
C'est dans cet univers sous tension que vit Abélard Lindsay, un jeune diplomate qui s'efforce de trouver son équilibre au milieu des luttes de pouvoir. Exilé loin de sa petite république lunaire, il échoue dans une station décrépite où pirates et mafieux se disputent chaque pouce de terrain pour des motifs nébuleux.
Pour la première fois de son existence, il doit opérer un choix inhabituel, celui d'un camp, pour espérer survivre. Tandis que conflits et crises éclatent dans le système solaire, Abélard poursuit son voyage et s'astreint à la tâche de concilier Mécas et Morphos et leurs philosophies opposées. Mais comment rapprocher les deux ennemis ? Abélard comprend peu à peu qu'il faut offrir à cette posthumanité querelleuse un rêve qui transcende les clivages : ce sera la terraformation des mondes.
Avec Schismatrice, Bruce Sterling pousse le lecteur à travers la porte du récit sans lui donner la moindre explication sur ce qu'il va découvrir au-delà du seuil. Son roman est une exploration jubilatoire et surprenante d'une société tout entière imprégnée par la science. Une science qui permet aux hommes d'espérer, à travers le transhumanisme le plus effréné, un développement sans limite de leur potentiel, une science qui alimente les rivalités, chaque nouvelle percée technologique constituant l'enjeu de manœuvres obscures pour s'en assurer l'exploitation. Le mérite de Sterling réside donc dans sa capacité à donner vie à un arrière-plan cohérent et dense où les régimes politiques sont aussi variées que les génotypes, où les pratiques sociales et la morale changeantes contribuent à nous surprendre par leur étrangeté. Et c'est ce décor grouillant que traverse Abélard Lindsay, héros modeste dont on suit le périple au fil d'une longue vie de près de deux siècles. La narration s'étale ainsi, procédant par bonds d'un chapitre à l'autre, sautant quelques décennies pour mieux retrouver son personnage principal vieilli mais toujours déterminé, malgré les déceptions et les échecs, à jouer son jeu et à faire triompher sa grande idée.
Bruce Sterling livre sans conteste une œuvre essentielle de la SF et pose quelques questions fortes au cœur de la philosophie et de la science. En domestiquant le feu prométhéen du génome ou de la biomécanique, en embrassant avec zèle ou enthousiasme ses potentialités, l'Homme ne devra-t-il pas, tôt ou tard, s'interroger sur sa nature et faire face à l'évidence de sa propre disparition en tant qu'espèce unique. S'il emprunte ce chemin, il lui faudra sans doute aussi faire le deuil du très vieil Homo Sapiens, dépassé, usé, et admettre l'avènement d'une humanité 2.0 aux nombreux visages. C'est de ce point de vue, notamment, que la prospective de Sterling nous apparait fascinante, parce que crédible, mais inquiétante aussi, tant le vertige nous prend face aux pouvoirs que s'est octroyé l'Homme en devenant le maître d'œuvre de son évolution. Vingt-cinq ans après sa sortie, Schismatrice demeure un roman immense, indispensable et inclassable, mêlant space opera et cyberpunk, dont il passe pour être un des piliers, causant tout à la fois de posthumanité, de génétique, d'intelligences artificielles, de cybernétique, de terraformation sans jamais s'égarer une seule fois. Un monstre littéraire science-fictif bourré d'intelligence à côté duquel on ne peut pas passer.
mercredi, avril 27 2011
Par Seb le mercredi, avril 27 2011, 15:42 - Chroniques
Nous sommes au milieu XVII ème siècle, quelque part dans les Caraïbes. Capitaine d'un navire flibustier, Henri Villon loue ses services et ceux de ses fiers-à-bras à une cabale de capitaines huguenots, bien décidés à prendre l'Île de la Tortue à l'ennemi anglais et à en faire une terre française. Homme tantôt mélancolique tantôt bouillant, Villon s'enferre dans sa quête obsessionnelle des maravillas, ces merveilles aux origines mystérieuses, objets d'un trafic féroce sur les côtes de l'Amérique. Mais un beau jour le temps se met à jouer de curieux tours à la réalité. Des rumeurs courent à la surface des vagues, des histoires d'attaques foudroyantes sur des comptoirs de commerce, de navires en perdition, et une Europe, loin là-bas, dont plus une nouvelle ne parvient... Un jour de 1646, étouffés par une tempête alors qu'il donnait la chasse à un galion espagnol, Henri Villon et son équipage tombent nez à nez avec un singulier vaisseau fantôme à la peau bien trop dure.
Cette rencontre tragique est le point de départ d'un récit à la charpente baroque mais parfaitement équilibrée. Véritable maître d'œuvre de cette non-linéarité narrative, Stéphane Beauverger fait voguer son héros et ses lecteurs au gré des années et des saisons, et révèle par d'incessants mouvements temporels les détails d'une intrigue passionnante. Si l'on navigue d'abord à vue dans les souvenirs de Villon, chaque épisode étant déconnecté de l'arrière-plan nécessaire à sa compréhension, l'auteur comble peu à peu et avec une précision d'orfèvre les blancs entre les événements. Les fragments disjoints de la grande aventure du capitaine Henri Villon finissent par former un tout d'une totale cohérence. Ce choix de construction se justifie parfaitement en regard de la nature même du propos. Beauverger nous parle d'un temps désarticulé où passé, présent et futur s'abordent parfois, et rien n'échappe à ce mouvement cosmologique, et surtout pas l'existence du héros, emportée par la lame de fond de la trame qui, bien que tourmentée à l'envie par l'auteur, n'en traîne pas moins le monde vers l'avant et les hommes vers leur fin.
Difficile d'en dire davantage sans priver le lecteur du pur plaisir de l'exercice de style brillamment exécuté par Stéphane Beauverger. Mais Le Déchronologue a bien d'autres arguments à faire valoir, et en premier lieu son style, d'une verve rare, nourri par un désir d'authenticité qui fait de chaque dialogue un bel instant d'écriture. On trouve sous la plume de l'auteur le tracé d'un itinéraire linguistique qui transporte l'imaginaire dans un XVII ème siècle au parler vibrant et généreux, avec son lexique et ses tournures de phrases qui alternent la rudesse et le charme, à l'instar des personnages, tous peu recommandables mais indéniablement attachants. Le Déchronologue est un authentique roman d'aventures maritimes, toutes voiles gonflées, poussé par un souffle énorme. Picaresque ? Oui. Épique ? Itou. Tragique ? A coup sûr.
Et beau, tout simplement, comme son héros, cet Henri Villon amoureux, alcoolique et rêveur, qui ferraille sans espoir de victoire contre un ennemi trop puissant et contre l'indifférence d'une femme qui ne parvient pas à l'aimer. Passé par l'enfer des geôles de Carthagène (un moment d'horreur saisissant qui n'est pas sans évoquer Joseph Conrad), Villon se met au service des énigmatiques Itzas, irréductibles indiens qui aspirent à la conquête grâce à leurs dieux venus d'autres éons. Entouré d'une bande de trognes dignes de Sergio Leone, Villon s'affirme en héros de chair douloureux, salaud mais pas trop, moins en tout cas que ceux qu'il fréquente, comme l'inflexible commodore Mendoza. Rien à voir donc avec les pirates de l'âge d'or hollywoodien, à la jaquette impeccable et la probité improbable. Le Déchronologue se révèle être une sorte de western saveur varech, un divertissement brillant et intelligent qui ne cède jamais aux facilités d'un genre pourtant archi-connu. Un nouveau tour de force littéraire de la part d'un auteur qui avait déjà convaincu son monde avec la trilogie Chromozone.
lundi, avril 18 2011
Par Seb le lundi, avril 18 2011, 20:08 - Haïkus

Au bout de mon bras
ma main qui s'agrippe en vain
aux chevaux qui passent.
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